7 juil. 2012

Le dogme de la liberté formelle

Immanuel Kant
 Le mode de raisonnement le plus commun de nos jours, qui amène à une adhésion, est celui qui part d'un paradigme, une vision du monde, pour se concrétiser en une idéologie. Ce cheminement de l'esprit postule que des phénomènes sont explicables par un ensemble de valeurs, objectives, qui constituent la cause, la racine, les prémices, de chaque phénomène. Lorsque cette philosophie est appliquée en politique, elle devient un régime idéologique où les valeurs deviennent les moyens mis en place, ou régulés, pour atteindre une finalité souhaitée, selon la description stipulée par le paradigme en question, où les phénomènes sont soumis à la justification des moyens par la finalité.


 Il existe aujourd'hui un grand nombre de personnes se revendiquant libérales, qui se caractérisent bien souvent par le petit ajout d'une autre idéologie, parfois tronquée, qui vient se greffer au libéralisme. Ces libéraux, qui saucissonnent la liberté selon leur convenance, décrivent un paradigme où la liberté est la source d'une société idéalisée - la liberté n'est qu'un outil, un moyen, de voir s'accomplir le bien, l'intérêt général. Très souvent cantonnée au domaine économique, la liberté est fortuite, puisque dépendante des spéculations sur ses conséquences; cette sorte de libéral pragmatique renierait la liberté si celle-ci venait à ne plus satisfaire ses ambitions.
 La liberté devient le moyen justifié par ses conséquences, soumise à une opinion subjective, un paradigme où elle viendrait occuper la première partie du nexus causal de tous les phénomènes, ou tout du moins une partie.


 Pour se compléter, ce libéralisme utilitariste préconise une conduite des individus, s'infiltrant dans les esprits, et, surtout, alliant à la liberté formelle une nouvelle forme de liberté : la liberté morale.
 Celle-ci est la théorie du libre arbitre pur, où aucune influence extérieure n'existe dans la conduite de l'individu. Si cette conception est souvent la base de l'argumentation antilibérale, elle existe aussi dans le développement de ce faux libéralisme. Impliquant une sorte d'éducation, elle serait la prévention des conduites liberticides, formant des individus aptes à vivre en liberté. Il s'agit donc d'un libéralisme qui dépasse largement le cadre de l'Etat, englobant la société dans son ensemble, basée sur une morale, un comportement, en relation à une situation, qui conditionnent le développement d'une société idéale, reflétant une application des Formes platoniciennes, où la foi et la spéculation viennent remplacer la logique. Si Marx avait opiné que la liberté eût été un facteur pour le bien-être du prolétariat, il se serait rangé du même côté que ces libéraux-là, sans changer sa forme de raisonnement.


 Un autre libéralisme existe, fondamentalement différent de toute idéologie, puisque non idéologique. Trouvant sa source dans l'empirisme sceptique, il est la non affirmation - sans négation - de tout paradigme, une sorte d'agnosticisme idéologique, acceptant en son sein toute sorte de vision du monde, sans qu'aucune ne soit reconnue comme objectivement vraie. Baignant dans le subjectivisme, il pose la liberté comme finalité inconditionnelle de son application, acceptant toute conséquence possible.
 Cette structuration ne se base sur aucune valeur, elle est le résultat d'une logique formelle où moyen et finalité se confondent en un ensemble de paramètres nécessaires, non pas à un résultat, mais à l'absence de résultat prédéfini dans les prémices. Cette coupure entre cause et conséquence fait de cette forme de libéralisme un principe du laisser faire, où le destin de chaque individu n'est plus mis sur les rails d'une idéologie, mais laissé sur l'infini océan de la liberté, faisant de la nature la seule régente d'un navire sans commandant humain.

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