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28 juil. 2012

Des monopoles semi-publics ?

 Empêtrée dans une affaire de corruption, la société Wal-Mart s'est vu accusée d'assurer son affaire au Mexique à travers une série de pots-de-vin, s'élevant à un total de 24 millions de dollars, destinés à promouvoir et accélérer des autorisations publiques nécessaires à son expansion.



 Tout entrepreneur rêve d'un jour ou l'autre atteindre un stade où son affaire puisse fonctionner de façon autonome, c'est-à-dire, en d'autres termes, qu'elle soit assez imposante pour que la roue tourne toute seule sous son poids. L'état maximal de ce stade est la situation de monopole, ou monopole partagé avec des concurrents amicaux. Mais il existe un petit détail qui délimite deux situations très différentes de monopole, le monopole stable et l'instable; le stable, c'est celui qui ne tient pas uniquement sur ses acquisitions, mais aussi sur des privilèges coercitifs.


 Dans le monde rêvé par Keynes où nous vivons, les privilèges n'ont souvent pas besoin de s'occulter, ils se revêtissent d'une soyeuse toge qui se veut légitime, fondant ainsi l'approbation publique. Cependant il est parfois nécessaire de court-circuiter cette légitimation, parfois contraignante malgré tout, afin d'augmenter la magnitude potentielle du privilège en jeu. Et ça passe, en général, par la corruption.


 Ces blocs écrasants composés de grandes entreprises gravitant autour d'un Etat veulent, à un certain moment, conquérir de nouveaux marchés à travers le monde, tout ceci bien encadré par des accords politiques, véritables passerelles à tapis rouge pour les sociétés privilégiées. Se construit alors la si polémique mondialisation, une sorte d'immense plateforme structurée par les Etats, où seule la noblesse moderne peut y mettre les pieds. Et c'est ainsi qu'une multinationale très connue a pu bâtir son empire.

5 juil. 2012

Une économie des idées

 Le 22 juin dernier, après un mois de grève, des mineurs espagnols débutent une marche dans l'optique du maintien du subventionnement de leur activité.
 Vouée à mourir, l'industrie espagnole du charbon comptait sur le report de la date de fin des subventions - imposée par la crise - pour rester à flot. Mais voilà que l'Union Européenne vient porter le coup fatal en imposant des restrictions budgétaires aux membres, qui débouchent sur une baisse des subventions espagnoles aux mines de charbon de 63%, ce qui ne leur permettra plus d'éviter la faillite.





 Dans l'immense messe des finances publiques, un acteur majeur prie au premier rang : les secteurs subventionnés; ceux-ci sont les "emblèmes" d'une économie planifiée idéale, se justifiant sur les sentiments les plus impulsifs des individus. Si la "souveraineté énergétique nationale" est l'argument en tête des revendications de l'industrie du charbon espagnol, c'est qu'il n'existe, au fond, aucune raison logique de maintenir ce secteur par la force, mais uniquement des raisons passionnelles. Il s'agirait alors de promouvoir une économie basée sur les idées, où celles-ci, absolues et extra anima, fonderaient les actions étatiques, transcendantes aux individus et leurs intérêts, structurant un idéal.


 Au-delà des raisons pragmatiques de l'inefficacité d'un tel système, c'est sur les raisons de principe - ou dogmatiques, en retirant tout sens péjoratif au terme - qu'il faut d'abord s'attarder.
 L'Etat, s'attribuant des qualités humaines, crée une structure sociale et économique à l'image de la personne qu'il incarne. Reprenant les valeurs humaines, comme le patriotisme dans le cas des mines de charbon subventionnées, il bride toute liberté humaine au service d'un modèle, d'un Stakhanov nouveau, se situant au-dessus des valeurs et des intérêts personnels.
 Par le biais de la force, ce ne sont donc pas les individus qui construisent leur société, mais des idées platoniciennes, régulant et bâtissant leur propre reflet dans un corps social artificiel.
 Ces idées, se légitimant par l’anthropomorphisme étatique dans l'esprit de la population, deviennent les socles sur lesquels viennent se placer, par exemple, les revendications des secteurs vis-à-vis de l'Etat, exigeant faveurs et subventions.


 Ainsi se forment ces classes, pas si différentes d'une certaine Nomenclature, adossées sur les longs fleuves tranquilles de l'Etat, gonflant leur vanité par les beaux discours électrisant la sensibilité des hommes. Indépendants de la terrifiante libre volonté individuelle, ils bâtissent leurs empires sur ce qu'ils considèrent comme dû, montant toute une activité, des contrats, des salaires... en d'autres termes c'est toute une dépendance économique basée sur des promesses politiques. C'est alors que toute une masse humaine, gravitant autour de cette économie artificielle, doit, pour sauver son intérêt, défendre la même cause que ses seigneurs modernes; prises au piège, ces multitudes ne peuvent plus trahir leur allégeance, emportées dans l'irrésistible tourbillon keynésianiste.

3 juil. 2012

Il n'y a pas assez de pâturage

 A Buenos Aires, le 27 juin, avait lieu un rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de manifestants blâmant la politique de la présidente Cristina Kirchner.  La puissante CGT, ainsi que plusieurs autres syndicats ralliés, et des mouvements idéologiques, ont défilé le long des somptueuses avenues menant à Plaza de Mayo, lieu symbolique par sa position en face de la Casa Rosada, siège du pouvoir exécutif argentin. Derrière cette voix officielle s'est jointe opportunément toute une opposition aux réclamations très variées et divergentes.



 L'Argentine traîne derrière elle une longue tradition de népotisme associé à un fort étatisme. En résulte une classe politique fricotant avec des intérêts privilégiés, tenant un pays où l'ascension passe par les veines des institutions publiques, et difficilement autrement. Si l'argent est l'essence du moteur coercitif, la population est tenue en laisse par la belle palabre d'un leader chaleureux, dont le charisme dissimule les lacunes logiques parsemées le long de sa politique, et qui distribue les quelques miettes restantes à une population devenue dépendante de la bonne volonté de ses engraisseurs.
 L'engagement politique devient le combat des citoyens pour leurs intérêts personnels, se ruant autour de l'appétissant gâteau exposé dans la vitrine politique, et comme pour les pigeons trop nombreux pour une seule main qui les nourrit, il y a des gagnants et des perdants.

 Bien que loin du système marxisant à la française, l'Argentine n'en reste pas moins un pays où l'initiative et l'entrepreneuriat sont l'Atlas qui porte le monde sur ses épaules, de plus en plus fatigué, n'attendant rien d'autre que sa liberté individuelle, désir enfoui au fond de son esprit désemparé. Car si le pouvoir argentin est instable, et régulièrement remplacé par de nouveaux intérêts, l'axe autour duquel tourne la plateforme politique est toujours le même, maintenant la roue sous le poids des cupidités hâtives.
 C'est ainsi que ceux que la grande distribution a délaissé comptent faire tourner la roue en leur faveur, perpétuant la même politique qu'ils condamnèrent juste avant, manifestant une opposition dans le contenu mais non dans le contenant, illustrant le vieux principe des faux opposés.