En imitant Marx dans son Manifeste du Parti Communiste, beaucoup travestissent le capitalisme en une morale, une idéologie factice qui le rend beaucoup plus facile à attaquer dans une argumentation idéologique. Plus concrètement, il s'agit non pas de considérer le capitalisme tel qu'il est - un ensemble de droits - mais de partir de la doxa populairement associée au capitalisme, cette éthique péjorative, et d'en faire une base argumentative.
Il n'est pas rare d'entendre quelqu'un parler d'égoïsme quand il s'agit du droit de propriété, ou d'injustices lorsqu'on parle plus généralement du capitalisme. Cette réflexion extrêmement répandue part d'une description morale de la société qui est, effectivement, capitaliste, en pointant du doigt des faits biens réels. Seulement, ceux-ci oublient que le capitalisme, contrairement à leurs convictions, n'est pas une idéologie et il n'existe dès lors pas de corrélation entre capitalisme et société capitaliste.
Par exemple, en parlant du droit de propriété, beaucoup y voient une attitude, celle de garder jalousement ses biens, ce qui, par extension, implique une morale égoïste. Effectivement, rares sont ceux qui distribuent généreusement leurs biens. Le droit de propriété serait donc une morale en soi.
Pourtant, la démonstration de leur erreur est dans le terme lui-même : "droit", le droit de disposer d'un bien qu'on produit ou qu'on reçoit, c'est un droit donc une liberté, une liberté de choix, où l'individu devient responsable du bien en jeu et de son attitude vis-à-vis de celui-ci. L'égoïsme est permis par le droit de propriété, mais sa cause en est l'individu et non la liberté qu'il eut de l'être, voilà le raccourci absurde si maladroitement fait : une liberté ne peut être tenue pour responsable des attitudes du sujet sur laquelle elle s'exerce.
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Il faut donc impérativement distinguer le capitalisme et la réalité, les conséquences, la société capitaliste en somme. D'un côté il s'agit d'un ensemble de libertés laissées aux individus, et de l'autre ce que les individus en font. La terne image dont souffre le capitalisme doit être imputée à la société en soi, pas au capitalisme, il s'agit d'un combat moral et apolitique.
Derrière ce que Karl Marx appelait capitalisme se cachait en réalité une conduite humaine, ce qu'il détestait était l'Homme et donc la liberté qu'il lui fut donné de bâtir le monde à son image, il voulait un "Homme nouveau", volonté explicitée dans ses ouvrages. En remplaçant le mot "liberté" par "capitalisme", il eut bien plus de facilité à duper les masses et les lever contre leur propre liberté, contre elles-mêmes.

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